Elle est pas belle la vie ...

Laissez-vous conter les moulins

 Maîtres du vent

Les moulins à vent marquent le paysage de leur silhouette. A Guérande, une quarantaine d’entre eux ont été recensés dans les archives, principalement au nord-est de la commune. Environ quinze sont conservés.

L'origine des moulins

Moulins à eau, moulins à vent

Les premiers moulins à eau apparaissent au 1er siècle avant J-C au Proche-Orient. Ils connaissent une forte expansion au cours du Moyen Âge. On en trouve cependant très peu sur Guérande en raison de la rareté des cours d’eau, seulement trois ont été recensés : Kercabus, Crémeur et Cardinal.

Les moulins à vent sont apparus au VIIème siècle au Moyen-Orient. Ils pénètrent en Occident au XIIème siècle à partir de la Normandie, de l’Angleterre et de la Flandre. A Guérande, et en particulier au niveau du coteau, la force des vents océaniques explique leur prééminence. Jusqu’à la Révolution, la construction d’un moulin relève d’un seigneur, laïque ou ecclésiastique. Sous l’Ancien Régime, le territoire de Guérande est divisé en de multiples petites seigneuries ce qui explique le grand nombre de moulins. Il s’agit principalement de moulins à farine dont les meules peuvent provenir de la carrière de granite de Cramagué au sud de la cité. A proximité du faubourg Saint-Michel, le lieudit de La Place, appartenant à la seigneurie des Régaires de l’évêque de Nantes, comptait six moulins à l’époque moderne.

Les premiers moulins

Le moulin turquois A Guérande, les premières mentions de moulins à vent datent de la fin du XIVème siècle mais leur construction est antérieure. Ils sont souvent qualifiés de moulins " turquois", appellation qui rappelle leur origine orientale. Ce type de moulins, répandus dans l’Ouest de la France, se compose de deux parties bien distinctes. Une tour en pierre, la "masse", en constitue la base. Un conduit vertical est aménagé en son centre. Il abrite une poutre servant de pivot à la deuxième partie du moulin : la cage en bois. De forme parallélépipédique, elle renferme l’ensemble du mécanisme de mouture. La cage est tournée sur le pivot en fonction de l’orientation du vent. Guérande ne compte plus qu’un seul témoin de ce type de moulin : la Masse de Tréveday. Construit probablement à la fin du Moyen Âge, il n’est plus en activité au début du XIXème siècle. Un incendie pourrait être à l’origine de son abandon. Il n’en reste aujourd’hui que la tour de granite.

Le moulin à petit-pied Les moulins turquois subissent dès la fin du XIVème siècle la concurrence des moulins à petit-pied, particulièrement bien représentés à Guérande (14 recensés, 6 conservés). Typiquement bretons, ils doivent leur nom à leur silhouette. Un cylindre étroit reposant sur une base évasée en constitue le pied. La cage en maçonnerie est construite en encorbellement au-dessus. Elle est donc plus large que le pied, d’où l’appellation de "petit-pied". Elle est couverte d’un toit conique disposé sur un chemin de glissement. Une longue perche en bois, le guivre, permet au meunier de faire tourner le toit pour mettre les ailes au vent. La chambre des meules se situe dans la cage. Le meunier peut y monter de deux façons: par une échelle et un escalier intérieur ou par deux portes percées dans la cage. On accède à ces portes hautes par des échelles posées contre le moulin. La position de ces ouvertures, plus ou moins diamétralement opposées, permet au meunier d’entrer dans la chambre des meules quelque soit l’orientation des ailes. Un treuil, le travouillet, était supporté par des pierres en saillie sur les montants des portes et servait à descendre les sacs de farine.

Le plus ancien des moulins à petit-pied est celui de Drézeux. Une partie de sa trempure (mécanisme d'écartement des meules)  a été datée par dendrochronologie (analyse scientifique permettant de dater l’abattage des pièces de bois par les cernes de croissance) des années 1394-1417. Les autres, tels que ceux de Kercabus ou de Cardinal, datent de la fin du XVème et du début du XVIème siècle. Classé Monument historique, le moulin de Crémeur a été construit à cette époque, peut être par Tristan de Carné, capitaine de la ville de Guérande. Mieux connu localement sous le nom de "moulin du Diable", on lui prête des origines légendaires.

Le moulin-tour  Au XVIème et XVIIème siècles, des moulins-tours de petite taille, comme celui du Bout-de-la-Rue, s’inspirent de ces moulins à petit-pied. Leur fût droit, évasé à la base, est coiffé d’un toit conique orientable grâce au guivre. Deux portes hautes donnent également accès à la chambre des meules.

Les ailes à voiles  Elles se présentent traditionnellement sous la forme de deux longues vergues se croisant à l’extrémité de l’arbre moteur. Des verrons en bois les traversent pour former un lattis plus ou moins régulier. Cet ensemble supporte la voilure que le meunier déploie ou replie en montant dans les ailes, relativement proches du sol.

L’adaptation aux ailes Berton

La rehausse des moulins L’invention du système Berton au cours du XIXème siècle révolutionne la meunerie. Les ailes, composées de longues planches en bois, s’ouvrent mécaniquement grâce à un système installé à l’intérieur du moulin. Le meunier n’ayant plus besoin de monter sur les ailes, les moulins sont rehaussés pour aller chercher des vents plus puissants. D’anciens moulins se voient relevés d’un étage. C’est notamment le cas du moulin-tour de Beaulieu construit au XVIème siècle. Le moulin à petit-pied de Careil connaît la même destinée : sa cage est rehaussée de deux étages. Cela donne naissance à une nouvelle forme de moulin appelée moulin "grosse-tête", la partie supérieure en encorbellement étant plus haute que le pied.

De nouveaux moulins Outre ces rehausses de moulins traditionnels, les constructions de nouveaux moulins à 2 ou 3 étages se multiplient à la fin du XIXème siècle : moulins de Bouzeray, Kerbironné, Trévaly ... La hauteur de ces tours rend difficile l’utilisation du guivre pour orienter les ailes ; il est abandonné au profit de systèmes plus modernes. Malgré ces évolutions qui ont permis d’améliorer la production (ajout de paires de meules, multiplication des espaces de stockage), la meunerie traditionnelle peine à faire face aux progrès de l’industrie. La découverte de nouvelles énergies et de nouveaux modes de mouture (broyeurs à cylindres...) rend obsolète le système éolien. Les moulins guérandais s’arrêtent de tourner les uns après les autres entre la fin du XIXème siècle et la Seconde Guerre mondiale. Dépourvus de leur fonction productive, les moulins n’en conservent pas moins un caractère pittoresque qui en justifie leur préservation.

Sources Plaquette éditée par la Région Pays de la Loire - OT de Guérande

Le moulin de la Falaise


Publié à 15:45, le 3 juin 2018, dans Court sejour, Guérande
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